Les victimes du Bad Buzz : Les Boulets du web l’ont ils vraiment mérité ?

J’en discutais avec un ami, il y a quelques semaines, et on a véritablement débattu pendant une heure sur le sujet. Je ne vais pas faire un essai philosophique sur la question mais je voudrai juste vous partager mon impression.

Les Boulets du web l’ont-ils vraiment mérité ?

En tant que web addict, nous n’avons pas pu ignorer ce phénomène récent. Des gens comme “le rappeur du 92”, “Yann Parrot”, “David Bivas” (Snoop Doggy Dog, qu’est ce qu’on attend), “Jessi Slaughter”, “Clément le Nolife” … ont créé au travers d’une vidéo, d’une action, un véritable buzz autour de leur nom ou pseudonyme. Toute leur vie, ils seront catalogués pour cette action et ont laissé avec leur nom une trace indélébile sur la toile.

Pour moi, ces pseudo bad buzz ont deux origines bien distinctes:

– Il y a ceux qui ont voulu se montrer sur la toile, ils ont indirectement cherché la notoriété et n’ont reçu qu’insultes et moqueries (Jessi Slaughter et le rappeur du 92 pour ne citer qu’eux).

– Et ceux qui (pour moi) ont été véritablement victimes d’un bad buzz plus ou moins immérité.

Internet, le monde réel à la puissance 10

Prenons l’exemple de Jessi Slaughter (reportage détaillé de l’histoire). Alors âgée de 11 ans, elle a posté des vidéos depuis sa webcam où elle prétend avoir une relation avec un chanteur d’un groupe de rock obscure. Elle insulte et menace de faire éclater la cervelle des gens qui laissent un commentaire négatif sous ses vidéos. Bref, elle joue la provoc’ et est relativement arrogante…

L’histoire prend une autre tournure lorsque son père moustachu s’en mêle et insulte les cyber-commentateurs dans un anglais approximatif : “you’ve done gooffed”, “consequences will never be the same”, “i back traced it”, “cyber police” … Ce sont les termes que retiendront les internautes.  La vidéo met en scène la petite fille pleurant et le père insultant les commentateurs via sa webcam. Le père emploie des termes qu’il ne comprend vraisemblablement pas. Le tout donne une vidéo assez pathétique qui entrainera un acharnement virtuel sur la petite fille et sa famille… Elle en est devenue un meme avec les remix qui s’en suivent.

En prenant du recul par rapport à cette histoire, je retiens juste une chose : “la puissance négative de l’anonymat”, des gens confortablement à l’abri chez eux derrière leurs PC se permettent des choses qu’ils n’oseraient peut-être jamais dans la vie réelle. LA FILLE A 11 ANS, est-ce qu’on peut se permettre de détruire sa vie et de faire pleurer une gamine de onze ans sous prétexte qu’elle est arrogante sur Internet ?

J’ai été impressionné de voir à quel point des gens qui n’ont rien à faire de leur vie peuvent s’amuser à détruire celle des autres. Les mecs de 4chan qui ont lancé le phénomène se sont clairement posé la question : “comment lui ruiner sa vie?” Ils ont piraté son compte You Tube, ses emails, son identité virtuelle … C’est juste incroyable de voir que des gens n’ont que ça à faire. Ceci témoigne d’une chose assez évidente qu’il est bon de répéter : sur Internet, on ne maitrise rien et on n’est pas entres amis.

Quelle attitude adopter ?

Bon déjà, si vous vous faites souvent lyncher au collège et que les gens se moquent de vous dans la rue, sans que vous sachiez vraiment pourquoi… Surtout, ne vous exprimez jamais à travers des vidéos vous mettant en scène sur you tube !!!!

Sans rire, je pense que c’est avant tout de la prévention : les parents se doivent d’expliquer à leurs enfants la viralité potentielle de leurs actes sur Internet.

A notre échelle, notre génération (18 – 30 ans), a eu la chance de ne pas avoir eu 11 ans avec un Internet actuel, aussi viral. Nos seuls moyens d’expression à l’époque étaient MSN, Caramail et peut-être un forum pour les plus addicts. Pas de blog, de You Tube … A 11 ans, je connaissais à peine Internet avec mon 56k, nous n’avions pas les mêmes moyens d’expressions, ça nous a préservé, en quelque sorte. Je pense sincèrement qu’a 11 ans on était tous potentiellement aussi stupide qu’elle et donc pas à l’abris de recevoir le même acharnement virtuel. Au moins, on sera au courant pour nos enfants.

Les victimes du bad buzz

Après, il faut quand même bien considérer que si Jessica Slaughter n’a que 11 ans, c’est quand même elle qui a cherché à s’exprimer, sa notoriété (aussi négative soit elle, et même si elle n’en avait pas conscience), c’est elle qui l’a voulue. A contrario, les victimes du bad buzz ne souhaitent pas vraiment s’exprimer et se prennent de plein fouet les conséquences d’une action anodine qui, dans un contexte précis, se transforme en bad buzz.

Commençons par l’exemple de David Bivas, je vous laisse découvrir ou plutôt redécouvrir la vidéo :

Alors ok c’est drôle, ok ça m’a vraiment fait rire. Mais vraiment, est ce que c’est si exceptionnel que ça …

Juste en analysant la scène on voit ses potes qui parlent “big up”, “7 – 8”, “tchik tchak” , “flex” et lui, forcément, vu qu’il est en retrait il a envie d’en placer une et, ni une ni deux, sans réfléchir :”Alors Snoop Doggy Dog, qu’est ce qu’on attend?” Je me mets à sa place, un peu éméché après un concert, je me vois très bien faire une blague pourrie devant une caméra. Et là, juste parce que c’est Yann Barthès et qu’il a un audimat assez conséquent grâce au petit journal, sa blague va faire le tour de la France et le mec sera humilié à vie sur la toile. Je trouve ça assez horrible et injustifié (sans  parler de son e-reputation, il a à peu près quinze pages sur Google qui relatent cet évènement).

Prenons maintenant un autre exemple qui m’est assez proche car c’est un gars d’une école de commerce : Yann Parrot. Je vous explique le contexte : en cours d’anglais des élèves de troisième année doivent faire un CV vidéo et seront notés pour leurs présentations :

[Edit 2018] Le CV n’est plus en ligne, des nettoyeurs d’image semble être passé par là. Il ne reste sur internet que des articles disant que c’est le pire CV mais aucune vidéo.

Bon, on ne peut pas nier que Yann Parrot a un accent anglais magique, qu’il fait des pauses avec un balais à Disneyland, qu’il a choisi une bande son incroyable et qu’il descend les escalators comme personne (24 secondes d’escalator).

Mais bon …, j’ai passé une soirée avec un ami à lui qui m’a expliqué le contexte : dans le cadre d’un examen final d’anglais, toute sa classe devait faire un CV vidéo. Il s’est avéré que, malheureusement pour eux, les ordinateurs de la salle d’examen ne supportaient pas les clefs USB et ils ont donc du mettre leurs CV sur You Tube. Ce qui a entrainé leur viralité… J’ai eu la chance de suivre l’évènement depuis son début, lorsque la vidéo originale de Yann Parrot via son compte était encore à une cinquantaine de vues. Voyant le phénomène prendre de l’ampleur, Yann a essayé de l’enlever mais malheureusement pour lui, le mal était déjà fait car la vidéo a été copiée et il n’était plus maître de son contenu. La vidéo a été relayée sur le net comme le “worst CV video ever”, et même si Yann essaie de supprimer les vidéos, il ne pourra que partiellement le faire car il y aura toujours des petits malins qui, par appât de nuisance ou de trafic pour leurs blogs, vont faire ressurgir cette vidéo après un temps.

Tout comme David Bivas, son e-réputation est entachée à vie et il ne pourra jamais effacer totalement les traces de cet évènement. Ce qui me désole le plus là-dedans c’est que je suis persuadé que tous les gens qui se foutent ouvertement de lui aurait peut-être fait un CV encore plus ridicule que le sien. L’entreprise est quand même relativement délicate (montage vidéo, être un bon acteur, avoir un bon accent, avoir de la personnalité …), le professeur d’anglais n’a sans doute  pas réalisé la difficulté de la tâche.

Je constate aussi que c’est toujours une suite d’éléments non-maîtrisés et un gros concours de circonstances qui entrainent le mauvais buzz. Quand on pense qu’il aurait fallu un ordinateur avec un port USB qui marche pour lui éviter de lutter à chaque fois qu’il cherchera un boulot, je trouve ça assez déprimant.

Enfin voila, je pourrais continuer des heures à épiloguer sur ce phénomène, mais je pense qu’il serait grand temps de conclure cet article. Et bien oui, j’y arrive de ce pas.

Conclusion

Ces gens (bad buzzer) sont traités comme de véritables marionnettes dont on s’amuse et qu’on délaisse après avoir bien ri, mais les paroles s’envolent et les écrits restent, ainsi les fronts de ces personnes seront marqués à l’encre indélébile de leurs actions passées témoin d’un acharnement virtuel (envolée lyrique du Mouss…).

C’est un peu ce qui fait la beauté d’Internet. Tous les contenus produits par les internautes seront jugés et commentés par les autres internautes. Des gens qui, sous couvert de l’anonymat et du fait qu’ils se sentent protégés derrière leurs écrans, pourront s’exprimer librement sur le contenu qu’on leur montrera. Ce n’est pas comme à la télévision où le potentiel talent d’une personne est enjolivé par le strass et les paillettes d’un show télévisé. Je suis d’ailleurs persuadé qu’une personne comme Jenifer (de la Star Academy) n’aurait jamais été connue si elle n’avait pas fait cette émission et, à la place, avait seulement déposé une vidéo de “Au Soleil” sur Internet. Sur la toile, les gens te jugeront librement sur le contenu que tu proposes, ce qui rend le succès d’une personne encore plus légitime !

Je vous laisse avec un buzz positif d’un autre petit jeune : Greyson Chance, qui lui parcontre n’aura pas trop de problèmes avec son e reputation

Apprécions la tête des filles qui salivent devant sa performance, surtout celle en bleu 🙂

Plus d’infos:

– Sur le meme de Jessi Slaughter : ici

– Sur l’histoire de la viralisation des vidéos de Jessi Slaughter : le post

– Sur le phénomène meme de David Bivas via le groupe Facebook de 185 000 membres 🙂 : ici

 

Cordialement,

Mouss